Ce que la vie laisse en nous.

J’aurais pu opter pour 25 couleurs de vie, parce que les émotions sont les pigments qui colorent l’existence. J’ai préféré le mot sensorielles, car chaque personnage raconte ce qu’il trimballe dans sa tête et dans son cœur.

Le quotidien fissuré : un recueil de nouvelles et de fragments. Le lecteur est invité à découvrir les traces, les souvenirs qui parfument l’instant présent et peut-être l’avenir.

Quelques extraits…

A +
Je raccroche. Une goutte se forme au bout du robinet. Elle hésite. Immobile jusque dans les épaules, je regarde la pendule. Je pose le téléphone. La trotteuse avance. Son bruit remplit toute la maison.

Tic.
Tac.


La fiole
Devant un petit immeuble, je mets du temps à lire la plaque presque effacée sur l’interphone. J’appuie sur le bouton. Une voix rocailleuse me répond.

Après trois étages, devant la porte entrebâillée, j’essuie mes pieds sur le paillasson.

— Entrez.
— Euh… oui, dis-je en posant mon pied dans le couloir.

Une femme d’une cinquantaine d’années s’avance vers moi. Robe écrue, bien coupée. Cheveux bruns, lisses, attachés. Elle me sourit et m’invite à la suivre.
Un bureau en bois, deux chaises, les rideaux blancs ouverts, un tapis couleur terracotta. L’ordinaire me déçoit un peu. Elle s’installe, sort des jeux de cartes et allume une bougie blanche. Je m’assieds en face d’elle. Elle effleure les cartes comme si c’était son trésor.

— Bien. Que puis-je faire pour vous ?

Ses yeux me fixent, je détourne les miens.

— Je… je ne sais pas trop, en fait.


Vrai
Je ne dis rien quand tu montes.
J’attends.
Je sais que tu vas parler : À toi. De toi. Des autres. Tu pleures parfois. Tu cries aussi. Tu prends des décisions que tu n’aurais jamais prises ailleurs qu’entre ces portes.

C’est ici que tu deviens vrai.

Tu fais demi-tour. Tu appuies sur l’accélérateur parce que, si tu ralentis, tu sais que tu risques de t’effondrer. Je t’ai vu, un dimanche matin, tenir mon volant comme si c’était ta vie. Je t’ai vu fuir en pensant que ton monde s’écroulait.

Je suis le seul endroit où tu t’inventes une vie à laquelle tu crois fermement… jusqu’à ce que tu me quittes.

Les questions sans réponse.
Les visages qui te hantent.
Tes non-dits.

J’ai tout entendu.

Tu arrives quelque part.
Tu coupes le moteur.
Tu ne bouges pas tout de suite.

Ce moment-là, je le garde aussi.

Version papier, 120 pages, 6,99 €